Un banal accident de la route pour le directeur de la police.
Une affaire de voyous pour le Président de la République.
En deux formules légères, l’affaire de Villiers le Bel est résumée et emballée pour l’histoire.
Un peu court, tout de même.
D’abord parce que même par les temps qui courent, un accident de la route avec deux morts, surtout si jeunes, n’est jamais banal. Ensuite parce que réduire deux nuits de violence extrême à une affaire de voyous, qui n’a pris fin que par une occupation massive de l’endroit par des forces de l’ordre, c’est traiter de fourmis un troupeau d’éléphants.
Les faits de violence sont impardonnables. Je ne sais pas qui pourrait ne pas être d’accord à ce sujet. Tirer sur quelqu’un avec l’intention de le tuer est justement qualifié de tentative d’assassinat. Non parce qu’il s’agisse d’un fonctionnaire de police, mais parce qu’il s’agit d’un être humain. L’uniforme qu’il porte ou non, sa couleur, ne changent rien à la qualification des faits.
Mais réduire l’histoire à cela c’est ne rien résoudre. C’est laisser la porte ouverte à de nouvelles explosions « gratuites » demain sans proposer autre chose qu’une répression qui, pour être efficace devrait être de plus en plus massive.
Car si voyous il y a et c’est indiscutable, l’affaire et celles qui s’en apparentent, ne prennent de l’ampleur que parce que elles ont lieu dans un terrain favorable.
Elles ne se produisent pas à Neuilly sur Seine, mais dans des villes enfoncées dans la noirceur du chômage massif, de la ghettoïsation progressive et du désespoir comme plat du jour quotidien.
Elles entrainent des jeunes marginalisés par la vie, rejettes « objectivement » sans choix de vie différent réellement possible. La répression de ces faits délictueux, aussi justifiée qu’elle puisse être sur le moment, ne règle rien, elle n’affecte en rien les causes du problème, mais le dévie vers d’autres lieux, d’autres moyens, d’autres opportunités.
M le Président de la République devrait le savoir, qui depuis cinq ans applique les mêmes critères pour un résultat nul pour tous : Pour les habitants des cités, soumis toujours aux mêmes problèmes. Pour la police, qui vit de manière surréaliste une situation face à laquelle elle est impuissante. Pour le pays tout entier, qui voit cette maladie grave se développer sans rémission.
Tout le monde, en principe sait cela. Y compris le Président de la République. Mais ce n’est pas sa priorité. Il y aurait fort à parier qu’un bon résultat pourrait être obtenu avec quelque 15 milliards d’Euros investis dans des quartiers défavorisés. Pour améliorer les services publics et avant tout l’enseignement ; pour y créer de l’activité économique ; pour améliorer l’intégration sociale, qui ne viendra jamais avant l’activité capable d’aider à absorber le sur-chômage auquel sont condamnés les habitants des cités. Ce serait un investissement autrement plus productif que ce à quoi –et à qui !- à été destinée une telle somme dès les premiers instants de l’arrivée au pouvoir de M Sarkozy.
Fadela Amara doit proposer « quelque chose » à laquelle ceux qui en premier lieu devraient la soutenir ne semblent pas y croire. Ni y participer avec l’intensité que réclame une priorité de premier ordre. Car c’est bien celle là, la question première : La priorité de résorber la dramatique situation des quartiers et cités en difficulté est de premier niveau.
Tous les spécialistes économiques, tous les statisticiens le confirment, de droite comme de gauche : La quantité de travail en France est faible et pesse sur la croissance, avant tout parce que le chômage est énorme, qu’il laisse hors du circuit productif un nombre considérable de personnes et notamment des jeunes. Et notamment des jeunes des zones en difficulté qui ne demanderaient mieux, pour l’immense majorité d’entre eux, que de pouvoir travailler dignement, sans discrimination.
La voyoucratie aurait bien moins d’importance, bien moins de poids si cette jeunesse en âge de travailler pouvait le faire dignement.
Et la police pourrait se concentrer dans la lutte contre les voyous qui, comme elle le dit si bien, sont peu nombreux.
Jorcas