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8 Avril 2008
| Par Manuel de Diéguez A Monsieur le Premier Ministre, A Madame le Garde des Sceaux, Savez-vous que, bien avant la réforme de la carte judiciaire, des particuliers désireux de s'enrichir aux dépens d'un voisin pouvaient s'acheter les services d'un huissier prêt à leur rédiger de faux constats réputés démontrer un dommage imaginaire? Savez-vous que, bien avant la réforme de la carte judiciaire, l'huissier acheté à un prix variable s'érigeait en un pouvoir judiciaire auto-accrédité à réclamer sur place de sa victime des dommages et intérêts dont son autorité fixait souverainement le montant et auxquels il ajoutait, naturellement, le paiement rubis sur l'ongle de son exploit? Savez-vous que, bien avant la réforme de la carte judiciaire, et en cas de récalcitrance inattendue de son pigeon, l'huissier corrompu s'engageait auprès de son " client " à lui obtenir les services d'un avocat de l'endroit, qui lui rédigeait aveuglément une assignation à comparaître devant le Tribunal de grande Instance de l'endroit? Savez-vous que, bien avant la réforme de la carte judiciaire, les barreaux locaux et les bâtonniers du cru se montraient étroitement solidaires des huissiers-rabatteurs, de sorte que la victime ne trouvait aucun avocat dans le Département qui fût disposé à mettre en cause l'huissier palermitain et ses complices au sein de l'appareil de la justice de la France, ce qui permettait d'engager les procédures les plus incongrues ? Vous vous frottez les yeux , vous croyez rêver , vous vous demandez si le signataire de ces lignes a bien toute sa tête. Mais savez-vous qu'en raison de la menace de retirer à l'armée des avocats français l'abondante clientèle des divorces par consentement mutuel - la simple formalité de faire signer ces accords par le Président du tribunal en coûte mille cinq cents euros au couple séparé - le moment est venu, pour les Parquets, de se rendre complices à leur tour de l'avidité des huissiers et des gens de robe et qu'ils se chargent de classer par un non lieu les plaintes éventuelles des citoyens spoliés? M. le Premier Ministre et Mme le Garde des sceaux, je m'adresse à votre autorité conjointe, parce que la survie même de l'Etat de droit se trouve menacée par une provincialisation de la justice française inaugurée il y a trente ans et conduite à son terme à un rythme précipité par un Etat que des siècles de centralisation administrative monarchique, puis démocratique avaient plongé dans l'ignorance des mentalités locales. Le devoir de tout citoyen est désormais de vous dire qu'il vous appartient de prendre à bras le corps la tragédie judiciaire qu'entraînera fatalement la pléthore actuelle des avocats sur le territoire national. Savez-vous que le maigre troupeau de quatre millions seulement de citoyens bien rentés ne saurait faire vivre décemment une armée de quarante sept mille légionnaires de la chicane? Savez-vous que les guerriers des prétoires viennent d'engager dans les médias une campagne d'incitation systématique des citoyens à faire tomber une grêle serrée de procédures sur le pays? |
Dans les pages qui suivent, je vais tenter de vous démontrer l'étroite connaturalité entre les mentalités ecclésiales et les mentalités