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4 Mars 2006
L’homme peut détruire et piller, gagner et amasser, inventer et découvrir, mais il n’est grand que parce que son âme embrasse tout. Pour lui, c’est une destruction pure et simple que d’envelopper son âme dans une coquille inerte de coutumière indifférence ou de se laisser emporter dans une fureur aveugle d’activité, pareille à un grand tourbillon de poussière qui lui cache tout l’horizon. Cela tue l’esprit même de son être, qui est l’esprit de compréhension. Dans son essence, l’homme n’est un esclave ni de lui-même, ni du monde ; il est un amant. Sa liberté et son accomplissement sont dans l’amour, qui est un autre nom de la parfaite compréhension. Par ce pouvoir de comprendre, par cette imprégnation de tout son être, il est uni avec l’Esprit qui pénètre tout, et qui est aussi le souffle de son âme. Si un homme essaie de s’élever et de se distinguer en bousculant et en piétinant les autres, s’il essaie de parvenir à un succès dans lequel il s’enorgueillit d’être plus que quiconque, il s’aliène cet Esprit. C’est pourquoi les Upanisads désignent ceux qui sont parvenu au but de la vie humaine comme « paisibles » et « un avec Dieu », en entendant par là qu’ils sont en parfaite harmonie avec l’homme et la nature, et par conséquent dans une union avec Dieu que rien ne peut troubler.
Nous avons un aperçu de cette vérité dans les enseignements de Jésus, qui nous dit : « Il est plus aisé pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille que pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux » - ce qui implique que tout ce que nous chérissons en avares nous sépare d’autrui ; nos richesses sont pour nous autant de limitations. L’homme occupé d’accumuler des trésors a un ego qui enfle sans cesse, et il ne peut pas traverser les portes de la compréhension du monde spirituel, qui est le monde de l’harmonie parfaite ; il est enfermé dans l’étroite enceinte de sa petite acquisition.
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Lorsque Jésus disait : « Heureux ceux qui sont humbles en esprit, car il hériterons de la terre », il proclamait cette vérité que l’homme reçoit son légitime héritage uniquement lorsqu’il s’est débarrassé de l’orgueil du moi. Il n’a plus alors à lutter pour défendre sa situation dans le monde ; celle-ci est assurée partout par les droits immortels de son âme. L’orgueil di moi vient entraver la fonction normale de l’âme, qui est de se réaliser en rendant parfaite son union avec le monde et avec le Dieu du monde.
[Rabindranâth Tagore]