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  le blog soueich

Toute l'actualité du monde, de la France, du Comminges, de Soueich. Informations alternatives aux médias menteurs.

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Etre adulte

Il y a un peu plus d’une dizaine d’années, l’hebdomadaire La Vie avait posé cette question à divers personnalités : « Qu’est-ce selon vous être adulte ». Parmi les divers réponses donnés, celle de Michel Serres a particulièrement retenu mon attention. Je vous la livre donc.

 PROPOS DE MICHEL SERRES

 Etre adulte, c'est refuser de répondre à la question de savoir si je me considère comme une adulte ou non. Car je ne réponds jamais aux questions personnelles. Un adulte, c'est quelqu'un qui a des choses à faire et qui tient compte des autres autour de lui. Par conséquent quelqu'un qui travaille et qui essaie d'avoir des rapports de qualité avec autrui. Et on ne peut avoir des rapports de qualité avec les gens lorsqu'on pense à soi . Etre adulte, c' est oublier le « moi, je » prôné par les psychologues. Il n'y a pas de parole plus sotte que «je pense donc je suis, car « j'existe » ne devrait pas se conjuguer à la première personne du singulier.

L'essentiel, c'est le rapport dans lequel on se lance, le rapport aux choses, au travail, à autrui et à l'existence et avoir le dos tourné à soi. L'ouverture, c'est le « non-moi ». Toute cette sauce, cette confiture que suscitent les pieds qui barbouillent dans le «soi» n'est qu'un reste de l'enfance ou de l'adolescence et nous empêche d'être adulte. Autrement dit, tous ces discours qui, venant de la pseudoscience, submergent aujourd'hui les médias, nous poussant à l'analyse du «je», constituent un obstacle absolu au de venir adulte. Un adulte vrai ne pense jamais à soi. Il n'existe pas, il est ce qu'il fait, il est ses rapports, ses activités ; il est lancé vers l'extérieur. Il y a très longtemps que je me fiche complètement de savoir qui je. suis. C'est cette indifférence généreuse à ce qu'on est qui fait faire et qui fait ouvrir. Je donne un exemple : quelqu'un qui s'est arrêté de fumer, voyant autour de lui ceux qui continuent, finit par se demander : « Quelle est cette relation étrange qu’ils entretiennent avec la cigarette?» Il a tout simplement oublié le rapport  toxicomaniaque qu' il entretenait lui-même avec la fumée. Eh bien , je dis que cette manie de toujours parler de soi et d'interroger les gens sur leurs sentiments personnels, cela prouve qu'on a oublié ce qu'est être adulte.

 C'est précisément la découverte du « non-moi » qui nous fait entrer dans la vie à 100%, qui la fait basculer. C'est l'entrée dans ce que Descartes appelait la « générosité » et la vieille morale, « l'oubli de soi ». L'oubli complet de soi-même est la moindre des politesses vis-à-vis des autres, le minimum vital de l'adulte. C'est aussi le b.a.-ba de la sagesse, telle qu'elle se décrit depuis trois mille ans.

 L'obsession du « je, me, moi », de l'affirmation de soi, engendre la violence et rend fou. Devenir adulte, c'est sortir de la subjectivité. La seule chose essentielle, c'est la bonté, mon rapport aux autres. Tout le reste est un phénomène de mode, de la sauce psy pour adolescents. Je frémis à la pensée de savoir comment serait reçu celui qui oserait, aujourd'hui, dire sur un plateau de télévision que « le moi est haïssable »!

 Propos recueillis par MARLENE TUININGA pour hebdomadaire LA VIE

 

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P
Ah... Alors ce serait une question de mots, j'aurais mal lu. Les mots à double tranchant. Il me faudra un peu de temps pour relire.Pour cette phrase de Nietzche, vous avez sans doute raison, c'est même sans doute pour cette même raison qu'elle trône sur l'en-tête de mon blog. Pour reprendre vos propres termes, avoir atteint la maîtrise du "petit moi" est un composante fondamentale de ce que j'appelle "l'Equilibre". J'ai eu l'impression de le ressentir quelques fois, et quand on sent parfois le corps comme une prison, sentir l'âme libérée et infinie pour un simple sentiment d'homme est quelque chose d'absolument fabuleux.Quant au lien, merci : on dirait que beaucoup de ce que je pense y est  développé, avec d'autres mots. J'avais écrit cette semaine, dans une lettre, qu'il est bien plus facile de se créer une personnnalité forte et stable, et de finir par croire à son propre mensonge ("c'est ce moi fictif que nous offrons à la crédulité d'autrui. Paraître c'est rémédier au vide de sa propre existence." est dit dans l'article).Merci et bonne journée
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C
Vous dites ne pas être d'accord, mais tout le développement que vous faites, prouve qu'en réalité, vous êtes d'accord. Cela tient sans doute à la conception que vous vous faites du moi.En réalité, on peut diviser le moi en deux. Il y a ce qu'on pourrait appeler le "petit moi", et il y a le "grand moi".Le "petit moi" veut tout pour lui, il est égoïste, il ne pense qu'à lui et très peu aux autres. Au contraire, "le grand moi" ne dit pas : moi d'abord, mais il dit : toi d'abord, il ne dit pas : c'est à moi, je le veux, comme des enfants qui se battent pour un jouet, mais il dit : joue avec si tu le veux. Le "grand moi" cherche à rendre les autres heureux.Vous avez mis en exergue, sur votre blog, cette phrase de Nietzche : "Dans le véritable amour, c'est l'âme qui enveloppe le corps". Mais le véritable amour n'existe pas sous la coupe du "petit moi", ou du "moi-je". L'âme y est prisonnière du corps, c'est l'animal humain qui commande à l'âme. Pour que l'âme enveloppe le corps, il fait atteindre à la maitrise du "petit moi".Le moi est haïssable disait Blaise Pascal.http://www.philomag.com/article,phrasechoc,blaise-pascal-le-moi-est-haissable,298.php
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P
Alors là, je ne suis pas tout à fait d'accord. Il existe certes une sacré mode aujourd'hui, le culte du "je" et de l'épanouissement de soi, et ceci un peu trop poussé à l'extrême. Dans une société porté sur l'individualisme, qui sait si ça devient excessif cette tendance. Mais quand bien même, comment peut-on penser "avoir des rapports de qualité avec autrui" si le moi est totalement évincé ? Sachant qu'en conséquence, en toute logique, l'autrui n'existe alors qu'en tant que constituante d'un groupe et plus en tant que lui-même. Nier son moi, nier celui des autres, ce serait ça, être généreux ? Car il ne s'agit rien que de plus que de la négation. L'oubli de soi, je ne sais pas comment l'entendait Descartes, mais à froid, comme ça, l'oubli de soi ne signifie pas pour autant la négation de soi. Il est bien plus facile de se porter vers les autres et de s'oublier si on est déjà en bon terme avec soi-même. Penser à soi n'est pas forcément égoïste, mais ne penser qu'aux autres, l'est. Tout comme, bien sûr, ne penser qu'à soi. Mais l'obsession du "je" ne vient pas forcément d'un excès d'amour propre, bien au contraire. Je dirais que, pour penser aux autres et interagir au mieux avec eux, il faut même d'ailleurs commencer par penser à soi. Si on est en bon terme avec soi-même, on n'est pas obsédé par soi-même et on peut ainsi penser à l'autre, l'aimer infiniment, et donner sans recevoir. C'est tout simplement, un principe d'équilibre. S'aimer un peu pour aimer beaucoup. A moins qu'avoir des rapports de qualité avec autrui signifie être froid, insensible, sans âme. On ne peut pas réduire l'humanité à un sorte de phénomène de groupe, c'est justement la somme de ces moi, de ces unicités qui caractérisent l'homme. Qu'est-ce qu'être humain sinon être sensible et pouvoir éprouvé la compassion ? Dois-je rappeler que la compassion, étymologiquement et sémantiquement, c'est souffrir avec, ressentir ? S'affirmer en tant qu'être humain est tout à fait nécessaire pour faire partie d'un groupe. La preuve : un être timide, qui n'ose imposer sa présence à personne, qui n'ose pas être lui-même, n'existe ni pour lui-même, ni pour le groupe ; il se le refuse d'office. Il se fait tout simplement bouffer par l'effet de groupe et n'apporte rien, ne peut contribuer en rien. On ne peut contribuer à un groupe qu'en s'acceptant et en acceptant ses spécificités. Etre la partie et le tout, soi et le groupe, n'est absolument pas incompatible. Une de mes convictions les plus certaines est que j'existe (et peut-être que simultanément je n'existe pas mais c'est un autre débat), que vous existez, et qu'on existe en tant qu'un tout, sans frontière entre le moi et l'autre. Et il faut partir d'un point pour se lancer vers l'extérieur. Comme il faut prendre appui sur le sol pour sauter ou s'envoler ; et ce point, c'est le moi, c'est le point de départ. Je ne suis peut-être pas convainte, d'autant que je ne suis pas très éloquente ce soir, mais si on a déjà aimer, on peut comprendre. On peut comprendre que aimer, c'est donner infiniment, mais pour donner, nos seuls ressources, ce ne sont pas des objets, ce ne sont pas des artifices, c'est nous, notre capacité à écouter l'autre et à ressentir ces appels au secours, ce n'est qu'ainsi qu'on peut y répondre. Par quels biais peu importe.
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