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26 Mai 2006
Il y a quelques années de cela, je suis allé passer quelques semaines de vacances en Tunisie. Non en voyages organisés qui ne vous permettent nullement d’entrer en contact avec la population, mais en voyage libre. Mon compagnon et moi, nous parcourions la campagne aride, le plus souvent à pied, et chaque fois que nous passions en vue d'une maison, nous voyions en sortir une petite fille, un petit garçon ou un jeune homme, les bras chargés de nourriture et d'une boisson - souvent des dattes et du lait fermenté - qui venait vers nous pour nous les offrir en signe de bienvenue. Si le maître de la maison était présent, c'est lui-même qui se déplaçait et qui en plus nous invitait à partager un repas. Ce que nous acceptions parfois, si c'était l'heure de prendre notre déjeuner. On tuait alors une volaille et nous mangions, bien souvent, en échangeant peu de paroles car nous parlions des langues différentes. Mais nous savions nous retrouver sur un autre niveau que celui des paroles; un langage universel qui est celui de l'attitude juste, du geste respectueux, du regard bienveillant qui marque le respect de l'autre, de sa tradition, de sa croyance, de son mode de vie, et qui prouve que nous avions su reconnaître à travers cette rencontre d'une heure, l'Homme dans ce qu'il a d'éternel et de divin. Nous avions su parler le langage de Dieu, celui de l'Amour, de la véritable fraternité.
On ne peut s'empêcher de comparer avec ce qui se passe chez-nous, à toutes ces pancartes : "PROPRIÉTÉ PRIVÉE, DÉFENSE D'ENTRER", à la manière parfois violente dont nous sommes abordés par des propriétaires hargneux, et aux menaces dont ils nous gratifient si par malheur ils nous retrouvaient sur leur terre. Nous avons oublié ce que signifiait le mot "hospitalité".
La peur de l'autre, la peur d'être spolié par celui-ci de quelques biens, nous fait dresser des barricades partout. Des barricades matérielles : murs, palissades, clôtures et même parfois des pièges susceptibles de nuire gravement à l'intégrité physique de l'intrus, mais aussi des barricades virtuelles avec divers textes de loi pour repousser l'étranger hors de chez-soi.
Nous avons totalement oublié que la vie est échange et don, comme nous l'affirment tous les sages du passé et du présent, et que nous rappelle, non loin de nous, Antoine de Saint-Exupéry :
« Si tu n'as rien à donner alors mieux vaut que tu périsses car la vie c'est le don...»
Nous ne savons plus ce qu'est échanger. Notre commerce est régi par la loi du plus fort, c'est à dire par la loi des riches spéculateurs, et ceux qui travaillent ne peuvent récolter les fruits de leur labeur à sa juste valeur. Là encore, notre civilisation va à l'encontre de tout ce que nous enseigne la sagesse plusieurs fois millénaires et que Khalil Gibran nous rappelle en ces termes :
« C'est en échangeant les dons de la terre que vous trouverez l'abondance et serez comblés.
« Cependant, à moins que l'échange ne se fasse dans l'amour et la justice bienveillante, il conduira les uns à l'avidité et les autres à la faim ».