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26 Avril 2009
En quête de justice. Une journaliste juive licenciée pour avoir publié un article Judith Stone
Cet article a été envoyé à Debbie Ducro, une journaliste juive américaine du « Kansas City Jewish Chronicle ». Elle l’a publié et a été licenciée le jour suivant.
26 janvier 2009
Je suis juive. J’ai participé à la Marche pour le Droit au Retour des réfugiés palestiniens. Il était juste de le faire.
J’ai entendu parler de l’holocauste contre les Juifs d’Europe depuis que je suis petite. J’ai visité le Mémorial de Washington DC et celui de Jérusalem dédiés aux vies juives perdues et j’ai pleuré en réalisant jusqu’à quel niveau d’atrocité l’espèce humaine est capable de sombrer.
Je me demande ce qu’est devenue la conscience juive. Il ne faut voir dans cette interrogation aucune malveillance à l’égard des survivants de l’holocauste hitlérien. Cette partie de l’humanité n’était pas en position de choisir la façon dont elle allait survivre. Toutefois, n’oublions jamais qu’avoir survécu ou être un coreligionnaire des victimes du génocide ne dispense pas de respecter certaines règles d’humanité. Le slogan « Plus jamais ça ! » sonne creux quand il veut dire « Plus jamais ça … seulement chez nous ! ».
Ma génération a été élevée dans la croyance que le pays de la Bible était un vaste désert habité seulement par une poignée de Palestiniens indigents, vivant avec leurs chameaux en tentant de joindre les deux bouts et de survivre dans le sable. L’arrivée des Juifs était présentée comme un bénéfice immense pour ces habitants du désert. Golda Meir nous assurait même qu’il n’existait pas de « problème palestinien ».
Nous savons maintenant que ce tableau ne correspondait pas à la réalité. La Palestine était un pays qui avait beaucoup d’habitants et qu’ils le considéraient comme leur patrie. Villes et villages, écoles et hôpitaux y prospéraient. Il y avait des juifs, des chrétiens et des musulmans. En fait, avant l’occupation, les juifs représentaient seulement 7 % de la population et possédaient 3 % des terres.
Si on enlève ses œillères un seul instant, on remarque une seconde atrocité perpétrée par ceux-là mêmes qui devraient être particulièrement sensibles à la souffrance d’autrui. Ces gens-là savaient ce que « cela fait » d’être arraché à sa maison sous la menace d’une arme, d’être forcé à marcher dans la nuit vers une destination inconnue , d’avoir à subir des exécutions sommaires. Les gens qui ont déplacé les Palestiniens savaient « de première main » ce que veut dire voir brûler sa maison et devoir renoncer en un instant à tout ce qui est cher à son cœur. Mais des bulldozers ont écrasé des centaines de villages ainsi que les restes de leurs habitants. Rien de nouveau sous le soleil.
La Pologne est un vaste cimetière pour les Juifs d’Europe tout comme Israël est la dernière demeure du peuple palestinien massacré. Très proche du monument aux enfants juifs disparus dans l’holocauste en Europe, se trouve un terrain transformé en parking. Sous ce parking, les restes d’un village jadis florissant et les corps d’hommes, de femmes et d’enfants dont le seul crime fut d’avoir occupé cet espace au lieu de le quitter avec élégance. Sur la plaque mortuaire est écrit : « Parking public ».
J’ai parlé avec des Palestiniens. Jusqu’à présent, je n’ai jamais rencontré de Palestinien qui n’ait perdu l’un des membres de sa famille dans la « Shoah israélienne ». Ni aucun qui ne puisse parler d’un ami ou d’une relation en train de croupir dans une prison israélienne. Maintes et maintes fois, Israël a été cité pour violation des droits de l’Homme, mais en vain.
Au cours d’un récent voyage en Israël, j’ai visité un camp de réfugiés qui devait être « temporaire » et qui est occupé par un peuple attendant depuis 52 ans de pouvoir revenir chez lui. Chaque aïeul palestinien peut vous donner le nom de son village, le nom de sa rue et le nom de l’endroit où sont plantés les oliviers. Peut-être ses petits-enfants ne sont-ils jamais allés sur ces terres, mais ils peuvent vous dire où leurs arrière-grands-parents sont enterrés et où se trouvait le village.
La presse a entretenu l’image du terroriste palestinien. Les victimes qui se sont dressées contre l’affront fait à la dignité humaine dans le ghetto de Varsovie sont hissées au rang de héros et celles qui y ont perdu la vie sont appelées des martyrs. Mais le Palestinien qui, désespéré, lance des pierres, est qualifié de terroriste.
Il y a deux ans, je roulais en Palestine en contemplant le système d’arrosage labyrinthique qui alimente en eau les pelouses luxuriantes des colons sionistes dans leurs nouveaux complexes d’appartements, entourés de gardes armés et de barbelés. Tout cela au milieu d’une communauté palestinienne ne disposant d’aucune alimentation en eau potable et dont les champs aux alentours sont sableux et secs. Le professeur d’université Moshe Zimmerman communiquait dans le Jérusalem Post (30 avril 1995) : « Les enfants [juifs] de Hébron sont exactement comme les enfants des jeunesses hitlériennes ».
Les Juifs, en Europe, réclament la restitution de leurs biens, une compensation pour leurs salaires perdus, leurs habitations et leurs propriétés foncières ainsi que pour le travail forcé. Et cela avec effet rétroactif. Suis-je traître à la cause juive si je soutiens le droit au retour sur leur terre d’origine des réfugiés palestiniens ainsi que leur droit à une compensation pour ce qui leur a été pris et qui ne pourra leur être rendu ?
Les Juifs morts ne peuvent être ramenés à la vie, les Palestiniens massacrés ne pourront être ressuscités. David Ben Gourion disait : « Restons conscients d’une vérité, entre nous… Politiquement, nous sommes les agresseurs et ils se défendent… La région leur appartient parce qu’ils l’habitent tandis que nous voulons venir ici et nous y installer et de leur point de vue, nous voulons leur enlever leur terre… ». La Palestine est une terre qui a été occupée et vidée de son peuple. Ses repères culturels et physiques ont été anéantis et remplacés soigneusement par des repères en hébreu. L’histoire de ce peuple est la première chose qui a été éliminée par les occupants. Elle a été effacée jusqu’à donner l’impression qu’elle n’a jamais existé.
Et tout ceci a été acclamé par le monde comme l’action miraculeuse de Dieu. Nous devons reconnaître que l’existence d’Israël pose moins la question de sa légitimité que celle de l’illégalité du « fait accompli », réalisé par la force et grâce au soutien des puissances occidentales. Les missions des Nations unies à l’adresse d’Israël pour tenter d’en réprimander les violations ont été vaines jusqu’à présent. Dans « L’Etat juif » de Th. Hertzl, le père du sionisme déclarait : « Nous devons examiner toutes les possibilités et prendre possession du nouveau territoire juif par tous les moyens modernes opportuns ».
Je pense être d’accord avec Ehoud Barak (3 juin 1998) quand il dit : « Si j’étais Palestinien, moi aussi je rejoindrais un groupe terroriste ». J’irais peut-être même plus loin : plutôt que des cailloux, c’est un rocher que je voudrais lancer violemment en désespoir de cause.
Il faut espérer qu’au fond de lui, chaque Juif doté d’une conscience sait pertinemment que ceci n’a pas été une guerre et que ceci n’a pas été la restitution par Dieu de la terre sainte à ses propriétaires de droit. Nous savons que des atrocités ont été perpétrées et continuent à être l’être contre un peuple innocent, incapable de produire les armes et d’assurer le financement nécessaires à sa propre défense contre des puissances occidentales penchées sur son anéantissement en tant que peuple.
Nous ne pouvons pas continuer à dire : « Mais qu’aurions-nous dû faire ? ». Sionisme n’est pas synonyme de judaïsme. Je suis totalement solidaire du droit au retour du peuple palestinien sur cette terre.
Traduit de l’anglais par Anne Bienfait pour Investig’Action, le 21/02/2009
Ci dessous, le texte en Américain
Quest for Justice
By Judith Stone
I am a Jew. I was a participant in the Rally for the Right of Return to Palestine. It was the right thing to do. I've heard about the European holocaust against the Jews since I was a small child. I've visited the memorials in Washington, DC and Jerusalem dedicated to Jewish lives lost and I've cried at the recognition to what level of atrocity mankind is capable of sinking.
Where are the Jews of conscience? No righteous malice can be held against the survivors of Hitler's holocaust. These fragments of humanity were in no position to make choices beyond that of personal survival. We must not forget that being a survivor or a co-religionist of the victims of the European Holocaust does not grant dispensation from abiding by the rules of humanity.
"Never again" as a motto, rings hollow when it means "never again to us alone." My generation was raised being led to believe that the biblical land was a vast desert inhabited by a handful of impoverished Palestinians living with their camels and eking out a living in the sand. The arrival of the Jews was touted as a tremendous benefit to these desert dwellers. Golda Mier even assured us that there "is no Palestinian problem."
We know now this picture wasn't as it was painted. Palestine was a land filled with people who called it home. There were thriving towns and villages, schools and hospitals. There were Jews, Christians and Muslims. In fact, prior to the occupation, Jews represented a mere 7 percent of the population and owned 3 percent of the land.
Taking the blinders off for a moment, I see a second atrocity perpetuated by the very people who should be exquisitely sensitive to the suffering of others. These people knew what it felt like to be ordered out of your home at gun point and forced to march into the night to unknown destinations or face execution on the spot. The people who displaced the Palestinians knew first hand what it means to watch your home in flames, to surrender everything dear to your heart at a moment's notice. Bulldozers leveled hundreds of villages, along with the remains of the village inhabitants, the old and the young. This was nothing new to the world.
Poland is a vast graveyard of the Jews of Europe. Israel is the final resting place of the massacred Palestinian people. A short distance from the memorial to the Jewish children lost to the holocaust in Europe there is a leveled parking lot. Under this parking lot is what's left of a once flourishing village and the bodies of men, women and children whose only crime was taking up needed space and not leaving graciously. This particular burial marker reads: "Public Parking". I've talked with Palestinians. I have yet to meet a Palestinian who hasn't lost a member of their family to the Israeli Shoah, nor a Palestinian who cannot name a relative or friend languishing under inhumane conditions in an Israeli prison. Time and time again, Israel is cited for human rights violations to no avail. On a recent trip to Israel, I visited the refugee camps inhabited by a people who have waited 52 years in these 'temporary' camps to go home. Every Palestinian grandparent can tell you the name of their village, their street, and where the olive trees were planted. Their grandchildren may never have been home, but they can tell you where their great-grandfather lies buried and where the village well stood. The press has fostered the portrait of the Palestinian terrorist. But, the victims who rose up against human indignity in the Warsaw Ghetto are called heroes. Those who lost their lives are called martyrs. The Palestinian who tosses a rock in desperation is a terrorist.
Two years ago I drove through Palestine and watched intricate sprinkler systems watering lush green lawns of Zionist settlers in their new condominium complexes, surrounded by armed guards and barbed wire in the midst of a Palestinian community where there was not adequate water to drink and the surrounding fields were sandy and dry. University professor Moshe Zimmerman reported in the Jerusalem Post (April 30, 1995), "The [Jewish] children of Hebron are just like Hitler's youth."
We Jews are suing for restitution, lost wages, compensation for homes, land, slave labor and back wages in Europe. Am I a traitor of a Jew for supporting the right of return of the Palestinian refugees to their birthplace and compensation for what was taken that cannot be returned?
The Jewish dead cannot be brought back to life and neither can the Palestinian massacred be resurrected. David Ben Gurion said, "Let us not ignore the truth among ourselves...politically, we are the aggressors and they defend themselves...The country is theirs, because they inhabit it, whereas we want to come here and settle down, and in their view we want to take away from them their country..."
Palestine is a land that has been occupied and emptied of its people. It's cultural and physical landmarks have been obliterated and replaced by tidy Hebrew signs. The history of a people was the first thing eradicated by the occupiers. The history of the indigenous people has been all but eradicated as though they never existed. And all this has been hailed by the world as a miraculous act of G-d. We must recognize that Israel's existence is not even a question of legality so much as it is an illegal fait accompli realized through the use of force while supported by the Western powers. The UN missions directed at Israel in attempting to correct its violations of have thus far been futile.
In Hertzl's "The Jewish State," the father of Zionism said, "...We must investigate and take possession of the new Jewish country by means of every modern expedient." I guess I agree with Ehud Barak (3 June 1998) when he said, "If I were a Palestinian, I'd also join a terror group." I'd go a step further perhaps. Rather than throwing little stones in desperation, I'd hurtle a boulder.
Hopefully, somewhere deep inside, every Jew of conscience knows that this was no war; that this was not G-d's restitution of the holy land to it's rightful owners. We know that a human atrocity was and continues to be perpetuated against an innocent people who couldn't come up with the arms and money to defend themselves against the western powers bent upon their demise as a people.
We cannot continue to say, "But what were we to do?" Zionism is not synonymous with Judaism. I wholly support the rally of the right of return of the Palestinian people.
* Judith Stone is a Jewish American. Her article was sent to Debbie Ducro, a journalist in the Jewish Chronile of Kansas City who published the it, and consequently lost her job.