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  le blog soueich

Toute l'actualité du monde, de la France, du Comminges, de Soueich. Informations alternatives aux médias menteurs.

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A qui profite le crime

Liban: Un assassinat à point nommé pour qui ?
 
L’assassinat, mardi dernier, du ministre anti-syrien Pierre Gemayel provoque un grand émoi au Liban et dans le reste du monde. La Syrie est partout montrée du doigt.
Au risque de lui faire endosser un peu trop vite l’habit du coupable idéal.
Nouvelle autoroute de Jdeideh dans la banlieue nord de Beyrouth. Une voiture percute une autre et l’immobilise. Jaillissent trois hommes qui se dirigent vers la voiture percutée. Ils sont armés de mitraillettes munies de silencieux  et tirent sur les deux occupants du véhicule immobilisé.
On relèvera 24 impacts de balles… et deux cadavres, celui de Pierre Gemayel et de son garde du corps et un survivant , un autre garde du corps. Il est près de 14 h.
Pierre Gemayel n’est pas un inconnu, loin s’en faut.
Né le 23 septembre 1972, Pierre Gemayel était le fils aîné de l'ancien chef de l'Etat Amine Gemayel, président entre 1982 et 1988. Son grand-père, Pierre Gemayel, avait fondé en 1936 les Phalanges chrétiennes, mouvement maronite de la droite nationaliste, qui a ensuite donné naissance, sous la houlette de son fils Bachir, à la principale milice chrétienne pendant la guerre civile (1975-1990).
Le clan Gemayel est intrinsèquement lié aux violences de ces trois dernières décennies entre communautés libanaises rivales.
En 1975, une tentative d'assassinat contre leur “cheikh” Pierre avait incité les Phalangistes à attaquer un bus de réfugiés palestiniens, événement considéré comme le déclencheur de la guerre civile qui durera 15 ans.
En 1982, Bachir, frère d'Amine Gemayel, est élu président avec la bénédiction d'Israël qui occupe alors le Liban. Mais quelques jours avant sa prestation de serment, il trouve la mort dans un attentat à la bombe . En représailles, ses miliciens prennent d'assaut les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth, massacrant des centaines de civils. Plusieurs années plus tôt, la fille de Bachir, âgée de 18 ans, avait trouvé la mort dans une attaque visant son père. Au moment de sa mort, Pierre Gemayel occupait le poste de ministre de l'Industrie et était considéré comme l'étoile montante de la plus prestigieuse famille de la communauté chrétienne maronite du Liban.

Une cible et un lieu...  signifiants
Ceux qui ont commandité ce meurtre, le choix de la cible, le lieu de l’assassinat et le timing répondaient à une stratégie à objectifs multiples, tant nationaux que régionaux.
La cible : il s’agit d’un chrétien maronite appartenant à El Kataeb faisant partie de la coalition au pouvoir et connu pour ses positions anti-syriennes.
Qui pourrait en vouloir à une telle personnalité sinon la Syrie, déjà accusée de l’assassinat de Rafic El Hariri ?
Qui pourrait en vouloir à une telle personnalité sinon le Hezbollah et les chiites ?
L’homme n’avait-il pas suscité, l’année dernière,  un tollé, en déclarant que les chiites libanais “sont peut-être la quantité, mais nous sommes (nous chrétiens) la qualité”.
Son assassinat ne mettrait-il pas en très mauvaise position le général Aoun, ce  chrétien qui représente pas moins de 67% des chrétiens, allié du Hezbollah et d’une grande partie des sunnites et qui avait permis à 37% des réfugiés chiites du Sud Liban de trouver refuge pendant la guerre dans les régions chrétiennes où ses partisans étaient implantés ?  
Le lieu : un quartier chrétien, partie intégrante de la circonscription où a été élue la victime.
Peut-on trouver meilleure moyen de défier les partisans du disparu, d’autant que le crime est perpétré en plein jour ?
Preuve que les assassins connaissaient parfaitement les lieux, étaient au fait des déplacements de la victime, de ses habitudes et ont agi avec sang-froid, tirant à bout portant sur leur cible.
Nous sommes loin de toute improvisation. Il s’agit d’un crime médité, minutieusement préparé et exécuté par des professionnels.

Un timing révélateur
Ce meurtre est intervenu :
  •  après le retrait des ministres chiites du gouvernement,
  •  après le refus du président Amine Lahoud de parapher le projet onusien du règlement intérieur du Tribunal international devant traiter l’assassinat de Rafic El Hariri,
  •  après que celui-ci eût déclaré le gouvernement de Seniora illégal du fait qu’il a violé la constitution en tenant des réunions après le retrait des représentants de la communauté chiite et en foulant au pied les prérogatives du président de la république concernant la constitutionalité des accords internationaux,
  •  au moment où l’opposition, constituée essentiellement par le Hezbollah, le Amal, le Courant Patriotique Libre de Michel Aoun et autres forces politiques, s’apprêtait à descendre dans la rue pour demander le départ du gouvernement en place, accusé d’avoir été le complice de l’agression israélienne, d’être aux ordres de Washington , d’avoir mis le pays sous protectorat occidental et de tout faire pour rester au pouvoir pour cacher la corruption qui règne en son sein, pour garantir les intérêts politiques et financiers d’un grand nombre de ses composantes.
  •  au moment où cette opposition réclamait
la constitution d’un gouvernement d’union  nationale où toutes les minorités soient représentées et l’organisation d’élections anticipées sur la base d’un nouveau code  électoral car l’ancien, d’origine syrienne, générait des découpages injustes.
  •  quelques heures avant la tenue de la réunion du Conseil de sécurité consacré à l’adoption du projet du règlement intérieur du Tribunal international sur l’assassinat, en février 2005, du premier ministre Rafic El Hariri,
  •  au moment où la Syrie commençait à sortir de son isolement, qu’un homme comme Baker, chargé de trouver une sortie à son pays, les USA, lui permettant de se dégager du bourbier irakien, prônait la reprise du dialogue avec Bechar El Asad et rencontrait des représentants syriens, pour ce faire, à Washington,
  •  au moment où Damas et Bagdad décidaient de rétablir leurs relations diplomatiques après une rupture qui a duré près d’un demi-siècle,
  •  au moment où il n’était plus exclu que les Etats-Unis d’Amérique renouent le dialogue avec l’Iran, bourbier irakien, là aussi, oblige,
  •  au moment où la France, l’Italie et l’Espagne annonçaient une nouvelle initiative de paix au Proche-Orient qui porterait sur quatre points : la demande d'un cessez-le-feu immédiat entre Israéliens et Palestiniens, la formation d'un gouvernement palestinien d'union nationale, un échange de prisonniers qui comprendrait également la libération du soldat israélien Gilad Shalit (enlevé le 25 juin) et une rencontre entre le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.
A terme, cette initiative pourrait déboucher sur la création d'une mission d'observation internationale à Gaza pour consolider le cessez-le-feu.
Dans l'intervalle, serait organisée une conférence de paix, réunissant l'ensemble des parties impliquées.
Les trois pays souhaitent inclure l'Allemagne et la Grande-Bretagne dans ce projet et le présenter pour adoption au Conseil européen le mois prochain.

A qui profite le crime ?
A la Syrie ?
Pourquoi les dirigeants de ce pays prendraient-ils un tel risque alors qu’ils ont renoué avec l’Irak, que les émissaires européens ont retrouvé le chemin de Damas, qu’ils sont en train d’entamer un retour sur la scène moyen-orientale, donc de briser leur isolement,   alors qu’ils se savent sur la sellette au Conseil de sécurité concernant l’affaire d’El Hariri, que leurs alliés au Liban sont en très bonne posture : le Hezbollah n’a-t-il pas résisté avec succès à l’armée israélienne que l’on disait invincible ? L’alliance chiite avec le général Aoun n’est-elle pas plus forte que jamais, que le gouvernement de Seniora est mis à l’index par une majorité du peuple libanais pour son incapacité à résoudre les problèmes économiques et sociaux dont souffre le pays, pour la corruption de plus d’un de ses membres, pour son clientélisme.
Un gouvernement de surcroît discrédité sur le plan arabe pour “sa passivité” lors de l’agression israélienne. La ministre israélienne des Affaires étrangères n’a-t-elle pas déclaré mercredi dernier, soit 24 h après l’assassinat de Pierre Gemayel, que son pays n’avait livré bataille que contre le Hezbollah et qu’il avait épargné le gouvernement de Seniora avec qui , avait-elle précisé, son propre gouvernement avait des… “Intérêts communs”.
Le journal israélien Haaretz affirme dans son édition de jeudi dernier qu’“aucun esprit sain ne peut croire que c’est la Syrie qui est derrière cet assassinat”, ajoutant “la logique politique aura beaucoup de difficulté à croire à une telle histoire”…
Au Hezbollah et à l’opposition libanaise ?
Le Hezbollah n’est-il pas au top de sa force et de son rayonnement ? Son chef n’est-il pas devenu un héros dans le Monde arabo-musulman ? N’a-t-il pas débouté les soldats de Tsahal, leur infligeant des défaites cinglantes ? Défaites que reconnaissent les dirigeants israéliens aussi bien militaires que politiques. Que lui rapporterait un tel crime au moment où il allait, avec ses alliés chrétiens, sunnites et autres composantes de l’opposition, investir la rue et déclencher différentes actions pacifistes, telle la désobéissance civile, pour faire chuter le gouvernement, une stratégie à laquelle adhère, par ailleurs, le président de la république ?
Au gouvernement libanais ?
Un tel assassinat ne met-il pas le général Aoun en très mauvaise posture par rapport aux autres chrétiens maronites ? Ne met-il pas Damas  au banc des accusés ? Ne met-il pas en danger l’alliance entre les chiites et la majorité des chrétiens ? Ne force-t-il pas l’opposition à remettre en question sa stratégie ou du moins à réviser ses plans d’action ?
Ne permet-il pas au  gouvernement de se présenter comme la victime d’un complot ourdi par Damas, Téhéran et le Hezbollah et de demander que la FINUL agisse dans le cadre de l’article 7 de la charte des Nations Unies ? C’est dire qu’il n’est pas du tout exclu que le commanditaire ou les commanditaires de ce meurtre se trouvent au sein du gouvernement.
Un homme comme Samir Geagea au passé sanguinaire est tout à fait capable d’un tel forfait. A Washington même, certains, et au plus haut niveau, ne veulent pas d’une reprise du dialogue ni avec Damas ni avec Téhéran sur le problème de l’Irak, encore moins de la chute du gouvernement de Seniora et son remplacement par un exécutif où les chiites, et surtout Hezbollah, seraient influents. Il en va de même pour Israël pour qui Geagea, Hariri, Fatfat, Seniora sont des alliés plus qu’objectifs et pour qui un gouvernement d’union nationale où le Hezbollah jouerait un rôle important serait une véritable catastrophe. C’est dire, là aussi, que l’on ne doit pas exclure une “opération” libanaise, agréee et soutenue logistiquement par quelques responsables américains et israéliens. A ce sujet, des rumeurs insistantes circulent à Beyrouth selon lesquelles l’ambassade américaine aurait reçu un lot de silencieux quelques jours avant l’assassinat de pierre Gemayel.. Dans ce sens, il y a lieu de relever que parmi les quelque 14 attentats perpétrés depuis la constitution du gouvernement de Seniora, c’est la première fois que des armes à feu sont utilisées. Dans tous les autres, on a plutôt utilisé des explosifs. Ce qui serait plus dans le style des services secrets syriens.
Il est pour le moins étrange que dans les quelques heures qui ont suivi cet assassinat, responsables français, américains, anglais, israéliens, allemands, libanais, et à l’unisson,  désignèrent d’un doigt accusateur Damas qui redevient subitement “ infréquentable”.
Inutile d’attendre les résultats d’une quelconque enquête. Dans la foulée aussi, le Conseil de sécurité décide de charger le Tribunal international chargé de l’affaire El Hariri de s’occuper aussi de celle de Pierre Gemayel…
Quand au gouvernement libanais, non à l’enquête mais à l’exploitation, sinon à l’instrumentalisation politique et confessionnelle de cet assassinat, sans aucune pudeur, avec un cynisme total.
Ainsi furent cloués au pilori le Hezbollah, Michel Aoun, la Syrie, Amine Lahoud, Téhéran….accusés de vouloir assassiner la démocratie libanaise et de faire obstruction au Tribunal international …
Khalid Jamaï

 
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