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  le blog soueich

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Ce n’est pas Téhéran

De notre envoyé spécial à Beyrouth, Hassane Zerrouky, Le Soir d'Algérie, 2 décembre 2006
Dans les quartiers populaires de Chyah, Haret-el-Hreik, Ghobeyrieh et Borj-el- Barajneh, qui forment les banlieues chiites du sud de Beyrouth, là où se trouve le camp de Chatila, vit près d’un demi million d’habitants. Le général Michel Aoun est né dans ce quartier de Haret-el-Hreik et y possède encore une maison. Car, avant la guerre civile de 1975, près de 40% des habitants étaient des chrétiens. Aujourd’hui, ils sont entre 12 et 15%.
Première surprise quand on pénètre dans la banlieue sud, on s’attend à voir Téhéran, des femmes en tchador et des barbus. La réalité est plus diverse. Et l’on est surpris de croiser de nombreuses femmes de tout âge, en jean et tee-shirt pour les plus jeunes, en jupe ou en tailleur pour les plus âgées, certaines le nombril à l’air, sans que personne leur fasse de remarque. «Elles sont bien chiites», me précise Adnan Ismaïl, militant communiste, né dans ce quartier populaire. C’est simple, il y a moins de femmes en hidjab qu’à Alger, dans cette banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. En fait, on se rend vite compte au contact de la réalité combien les images ne montrant que des femmes voilées diffusées par les télés occidentales relèvent de la manipulation. «Le Hezbollah est dirigé par une nouvelle génération plus ouverte. L’époque où ce mouvement était dirigé par une aile radicale islamiste qui n’a pas hésité à liquider de nombreux militants communistes et tenter d’imposer l’ordre islamiste est révolue. Aujourd’hui, on agit ensemble. Le Hezbollah nous respecte parce que nos camarades ont payé un lourd tribut durant le dernier conflit avec Israël», commente encore Adnan. A Bordj-al-Barajneh, ancienne place forte de la gauche libanaise avant la guerre civile, le Parti communiste a reconstitué ses forces. «Notre section compte aujourd’hui 350 militants dans la banlieue sud», précise Ismail Harb, jeune membre de la direction du parti. «Et depuis la fin de l’agression israélienne, on a assisté à un afflux de jeunes qui ont adhéré au parti et pas seulement au Hezbollah.» Et d’ailleurs, on ne fait pas un pas sans que ces deux militants soient interpellés par des habitants du quartier, soit pour les saluer, soit pour prendre des nouvelles. En revanche, contrairement à certaines idées reçues, pas la moindre trace de combattants du Hezbollah en armes, pas de tenues guerrières ostentatoires. Les «hezbollahis», comme les nomment les Beyrouthins, sont plus que discrets. Mais, nous a-t-on averti, ils sont présents au cas où ! Dans ce fief du Hezbollah, les portraits géants du leader chiite, Hassan Nasrallah, barrés du slogan «Ce sera plus beau qu’avant», sont omniprésents. Dans le bruit des pelleteuses qui dégagent les plaques de béton des immeubles détruits par les bombes israéliennes, ce sont d’ailleurs des policiers appartenant au Hezbollah qui règlent la circulation automobile et qui dressent des procès-verbaux. «Au nom de l’Etat libanais», précise Marwan. Le Centre du Secours populaire libanais, rue Baajour, géré par la gauche libanaise, ne désemplit pas. Avec ses différents services — chirurgie dentaire, médecine générale, cardiologie, gynécologie et psychologie —, il apporte une assistance appréciée par les pauvres pour une somme modique : 6.000 livres libanaises (3 euros) pour les soins généraux et 8.000 livres (4 euros) pour les soins spécialisés. L’aide scolaire fait également partie de ses missions. Son directeur nous fait visiter une nouvelle salle où des cours de français sont donnés aux plus jeunes. Et des cours d’alphabétisation à ceux qui savent ni lire ni écrire. Les médecins sont pour la plupart des bénévoles. «Il y a de tout, des communistes et des non-communistes, y compris des proches du Hezbollah», indique encore Adnan Ismaïl. Durant l’offensive israélienne, le centre a eu du mal à faire face à l’afflux de blessés. Il dispose d’un petit bloc opératoire. «On a été les premiers à porter secours aux blessés. Le premier immeuble détruit — il n’en reste rien — est à 50 mètres de notre centre. Pour les plus gravement touchés, on donnait les premiers soins avant de les diriger vers l’hôpital. D’ailleurs, nos ambulances étaient les seules qui n’étaient pas ciblées par l’aviation israélienne. Allez savoir pourquoi ! Tandis que celles du Hezbollah l’étaient une fois sur deux.» Et de montrer du doigt, parmi les carcasses de véhicules détruits par les roquettes israéliennes, des ambulances estampillées du signe du Parti de Dieu. «Les gens du Hezbollah comptaient sur nous pour évacuer leurs blessés les plus touchés», souligne-t-il. Non loin de là, rue Ragheb, le centre des volontaires et d’aide sociale du Parti de Dieu (Hezbollah). Une immense tente en toile rouge où flotte l’emblème du parti de couleur jaune. A l’intérieur, une exposition de dessins de presse. Sur l’un d’eux, un émir du Golfe faisant sa prière sur un tapis aux couleurs de l’emblème des Etats-Unis, manière de stigmatiser la «lâcheté des régimes arabes», indique le responsable du centre, le docteur Bilal Naïm, un grand gaillard barbu. «Nous avons recensé 5.500 familles ayant tout perdu, soit plus de 30.000 personnes. A chaque famille, nous avons accordé une aide variant entre 12.000 et 20.000 dollars, afin qu’elle puisse louer un logement. Et d’ici mai prochain, tout le monde sera relogé», assure-t-il. Et de m’indiquer les immeubles partiellement détruits ou endommagés en voie de réhabilitation après avoir été expertisés. «Les volontaires, précise- t-il, sont tous libanais : il y a des chiites, des sunnites, des communistes et des chrétiens du parti de Michel Aoun.» Beyrouth-Sud est un immense chantier : sous la direction d’architectes et d’ingénieurs, des ouvriers travaillent d’arrache-pied pour terminer les travaux de réhabilitation. Ailleurs, on construit des immeubles neufs sur les lieux mêmes des anciennes habitations pulvérisées par les bombes israéliennes. Partout, des images de désolation : immeubles éventrés ou réduits à l’état d’un mille-feuilles, et où activent dans un bruit sourd et dans la poussière des pelleteuses et des bulldozers. L’une des voies rapides traversant ce quartier est éventrée en différents endroits. L’armée française a paré au plus pressé en mettant en place des ponts métalliques qui ont permis de rétablir la circulation sur une voie. Quant à l’immeuble de la radio-télévision du Parti de Dieu, Al-Manar, il n’en reste rien. «Personne ne sait d’où elle émet, affirme Merwan. C’est un secret. Peutêtre à partir de stations mobiles.» Rue Radouf, le jour où le Conseil de sécurité a annoncé l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, des habitants, croyant à la fin de la guerre, étaient sortis quand une dizaine de missiles ont soufflé huit immeubles tuant plus de 40 personnes dont une vingtaine d’enfants qui disputaient un match de foot. Ici, il ne reste qu’un immense trou béant avec les portraits de familles entières décimées avec cette inscription «Made in USA» ! Pour reconstruire et loger les victimes des bombardements, le Hezbollah ne paraît pas manquer d’argent. En plus du financement apporté par des entreprises libanaises dirigées par des chiites, de l’argent de la diaspora chiite des pays du Golfe, d’Afrique et d’Amérique latine, il y a l’aide de Téhéran sur laquelle le Parti de Dieu ne dit mot. Tout juste, lit-on sur certaines banderoles barrant certaines artères, des remerciements à l’Iran, son président Ahmadinejad et son guide l’ayatollah Khamenei, pour l’aide apportée aux «frères libanais» !
H. Z.
 
 
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