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24 Mars 2007
Tout cela pour vous dire que nous avons partagé avec nos camarades juifs toutes les épreuves des camps.
Cela étant dit, je pose la question aux journalistes: de quel droit dénient-ils à d'anciens déportés le droit de contester certaines thèses érigées en postulats, non par des déportés juifs, mais par certains dirigeants sionistes ?
Dans quelle société vivons-nous, où l'on n'a pas le droit de critiquer, de quelque manière que ce soit les juifs, les Israéliens, les sionistes, sans être automatiquement taxé d'antisémitisme et de racisme ?
Que les journalistes sachent une chose: la très grande majorité des déportés dans les camps nazis n'ont pas été les juifs, bien que tous les médias aient accrédité la thèse que seuls les juifs ont été déportés et exterminés.
Qu'ils sachent aussi qu'il y a eu en France environ 250.000 déportés, dont près de 25.000 juifs français. Il en est revenu entre 80.000 et 100.000 dont environ 15.000 juifs.
Personne ne parle de tous les déportés non juifs. Pourquoi ? On parle d'Auschwitz à propos de la Shoah, mais on oublie de dire que rien que dans l'usine souterraine des Vl et des V 2 de Dora, plusieurs milliers de déportés français sont morts d'épuisement et de mauvais traitements. Dora aussi était un camp d'extermination par le travail et la faim.
Quant à Auschwitz, il est vrai qu'environ 800.000 juifs de toute l'Europe y ont péri à partir de fin 1943, mais il ne faut pas oublier que les premiers déportés exterminés furent près de 400.000 soldats soviétiques, auxquels il faut ajouter environ 150.000 Tziganes et de 500.000 à 600.000 Polonais et des déportés d'autres nationalités.
De cela non plus on ne parle nulle part. Alors pourquoi ne parler que du sacrifice des juifs et occulter le martyre des autres déportés ? Eux aussi ont droit à la mémoire
Garaudy, en tant qu'ancien déporté, ne dit pas autre choses lorsqu'il affirme qu'on a occulté la déportation des "non-juifs" et qu'il dénonce la manipulation des chiffres puisqu'au départ on parlait officiellement de 4 millions de juifs exterminés à Auschwitz et que l'on ramène maintenant ce chiffre à 1 million.
Est-ce être "révisionniste" ou "négationniste" ou même antisémite que d'affirmer cela ?
Nous ne pouvons pas accepter que la déportation soit actuellement monopolisée par certains et que des journalistes, qui n'ont connu ni la déportation ni la guerre, se permettent de soutenir une telle manipulation.
Gaston Pernot
Docteur en droit,
Commandeur de la Légion d'honneur,
Paris.
("Le Figaro" vendredi 3 mai 1996)