Je me propose, dans cette nouvelle catégorie, de vous présenter quelques auteurs ou ouvrages que j’ai lue, et qui m’ont particulièrement intéressée.
Je vous suggère de lire Christiane Singer dont j’ai lue les titres suivants :
- La guerre des filles
- La mort viennoise
- Histoire d’âme
- Une passion
- Rastenberg
Ces cinq ouvrages sont disponibles dans la collection « le livre de poche »
- Du bon usage des crises
- Les âges de la vie
Chez Albin Michel (collection expression libre)
- Les sept nuits de la reine
Chez Albin Michel
L’extrait ci-dessous est tiré d’une conférence prononcée dans le cadre du Festival des musiques sacrées du monde à Fès, le 11 octobre 1994, et figure dans l’ouvrage « Du bon usage des crises ».
Nous savons aujourd'hui, nous en souffrons tous, que la pire inflation n'est pas monétaire mais sémantique, que l'empire des mots est dévasté.
Il y a des mots qu'on n'ose plus prendre en bouche - des mots superbes dont la propagande politique ou marchande s'est emparée. Je me souviens d'une campagne d'hostilité aux étrangers en Suisse, dans les années soixante-dix, dont la devise était «vigilance ». Prise d'otage dont la victime est un mot. Et quel mot! Partout cette parole souillée, cette parole manipulée, manipulatrice, usurpée, vendue - ces simplismes féroces, surenchères de cynisme et de mensonges -, ce vomi de démagogie, ce piégeage systématique d'immenses champs sémantiques - ces chantages de toutes sortes (« si vous aimez votre enfant voilà ce qu'il faut lui acheter »). Beaucoup plus subtile et non moins empoisonnée est l'effarante confusion idéologique d'un certain discours émancipatoire partant d'une notion, par exemple, aussi sacro-sainte que la liberté. Comment pourrait-on être, pour donner un exemple, contre la « libération » des femmes? Mais juste un instant, s'il vous plaît! La libération de qui et de quoi? S'agit-il d'une liberté qui permet au plus haut potentiel de l'être de s'épanouir ou s'agit-il seulement en détruisant le clan et la tribu de vendre un maximum de machines à laver? Le sol ontologique est couvert de peaux de bananes. Car en nous libérant des dépendances visibles (famille, maternité, responsabilité) n'entrons-nous pas dans un espace de dépendances bien plus redoutables - parce que invisibles? Ainsi la simple représentation que je puisse «m'émanciper », m'extraire du réseau des corrélations, des responsabilités, des interdépendances, est-elle une naïveté perverse. Un seul type de cellule dans notre corps est parfois « émancipé », c'est la cellule cancéreuse. Nous sommes en permanence en état d'interdépendance - parcelle d'un tout. La question n'est pas de m'extraire - mais de capter la lumière dans cette parcelle que je suis, de rayonner du lieu où je suis.