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  le blog soueich

Toute l'actualité du monde, de la France, du Comminges, de Soueich. Informations alternatives aux médias menteurs.

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INJUSTICES SOCIALES

 INJUSTICES SOCIALES
ET INEGALITES
"L'Europe est riche, riche de 40 millions de pauvres"; proclamait un placard publicitaire de la Fondation Abbé Pierre au printemps 94. Rmistes, SDF, exclus, Quart-Monde, nouveaux pauvres ... autant de mots inscrits dans ce passage à l'an 2000 ; mots qui semblent pudiques face à une réalité indécente et violente.
Certains chiffres en disent long sur l'absurdité d'une société qui permet à certains d'avoir tout, quand d'autres doutent de leur humanité.

Comment se construit cette immense injustice, de Marseille à Lille, de Tanger à Moscou, de Paris au Burkina Faso ? Comment M Nike fait-il pour empocher des milliards ? Et la réponse du pouvoir qui pénalise la misère ?

Enfin, comment cette détresse sociale et psychologique permet à l'intolérance et au refus de l'autre de s'implanter, faisant le nid du totalitarisme ?
I - DES CHIFFRES
Dans le monde : 50 millions de chômeurs en Europe. 1 milliard de chômeurs et de sous-employés dans le monde. 30 millions de personnes continuent de mourir de faim chaque année, plus de 800 millions sont sous-alimentés. En France : 7 millions de personnes sont en situation de précarité, à la frontière du chômage et de l'emploi. 3.200.000 chômeurs recensés, fin 96. Les mesures fiscales proposées par le Gouvernement permettront aux entreprises de payer 10,4 milliards de francs en moins.
Aux Etats-Unis : en 97, les salaires des dirigeants des sociétés ont augmenté de 174% mais le salaire moyen des ouvriers n'a pas bougé. 30 millions d'Américains entrent dans la catégorie de ceux qui ont faim. 1.600.000 SDF

La fortune des 3 hommes les plus riches du monde dépasse les produits intérieurs bruts des 100 pays les plus pauvres de la terre. Nike paie Mickaël Jordan plus que ses 30 000 ouvriers indonésiens.
II - ELARGISSEMENT DE L'ABIME ENTRE LES PAYS RICHES ET LES PAYS PAUVRES
Depuis la fin de la guerre froide, l'aide au développement octroyée par Washington aux pays les plus pauvres (7 milliards de dollars en 97) a diminué de plus de la moitié.
Le nouvel ordre mondial, fondé sur le libre-échange, ne fait qu'accroître le fossé entre pays riches et pays pauvres, sous prétexte qu'une plus grande libéralisation peut, selon les institutions financières internationales (et les gouvernements de nombreux pays industrialisés, au 1er rang desquels les Etats-Unis) contribuer de deux manières à la sécurité alimentaire : par l'augmentation des revenus qu'est censé induire l'accroissement de l'activité économique, liée aux exportations, et par la sélection pour l'exportation des productions nationales.

Des centaines d'ONG, d'organisations paysannes et de groupes de consommateurs réfutent ce type d'argumentation et font valoir que, pour l'humanité, la nourriture constitue un droit fondamental que le marché est bien loin de pouvoir garantir. Au contraire : alors que, pour la première fois dans l'histoire, il est possible de nourrir toute la population de la planète, le marché mondial interdit d'atteindre ce but ; les revenus des ruraux - dans les pays riches comme dans les pays pauvres - sont restreints par une poignée de firmes agro-industrielles mondiales qui contrôlent les marchés des céréales, des semences et des aliments transformés. (Cargill Inc possède plus de 140 filiales dans le monde et a la maîtrise d'une bonne part du commerce international des céréales). Grâce à la déréglementation des marchés, intervenue dès le début des années 80, les surplus américains sont systématiquement utilisés pour déstabiliser les économies vivrières nationales. Dans le Tiers Monde, l'économie traditionnelle est détruite, les forêts sont pillées, provoquant de graves dommages à l'environnement et aux sols. Les cultures destinées à l'exportation n'entraînent pas suffisamment de profits pour l'achat de nourriture. De ce fait, les famines des années 80 et 90 ont été plus dévastatrices que celles de la décennie 70. Dans cette guerre économique, des populations entières sont sacrifiées sur l'autel du profit. Mais qui parle de crime contre l'Humanité ?
III - UN ASPECT DE L'ECONOMIE ULTRA LIBERALE : le NAIRU ?
Acronyme de "Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment" ou "taux de chômage qui n'accélère pas l'inflation" ; comme l'a dit Alan Blinder, Vice-Président de la Banque Centrale américaine, c'est "le petit secret de la macro économie". Bien que peu connu du grand public, "le NAIRU est aujourd'hui l'un des plus puissants moyens d'influence de ce siècle sur les politiques économiques", car de lui, dépendent les politiques monétaires et le taux de chômage. Le NAIRU en Europe et dans le monde, a coûté des millions d'emplois.
Que dit le NAIRU ? que si le taux de chômage est trop faible, l'inflation va s'accélérer, au point de ne plus pouvoir être maîtrisée. Ce taux est fixé à 9% en France. Il varie selon les périodes et les pays.

Dans l'univers intellectuel des adeptes du NAIRU la seule manière de faire régresser le chômage consiste à améliorer l'offre. Pour y parvenir, il faudrait baisser le salaire minimum, voire l'éliminer totalement - réduire ou supprimer les allocations chômage, baisser les charges sociales patronales, licencier, rendre plus flexibles les salaires, subventionner les nouvelles embauches (programme de la "révolution blanche" des ultra-libéraux) et engager des efforts pour tuer les syndicats. Selon le professeur Lester Hurow "on peut soutenir l'idée que les capitalistes ont déclaré la guerre aux salariés et qu'ils ont gagné ".

Le NAIRU est utilisé quotidiennement par les banques centrales et par tous les gouvernements. Il oriente les politiques monétaires mais aussi, les politiques budgétaires et l'ensemble des politiques menées par les Etats.

La liste pourrait être longue de toutes les subtilités que les rois du marché ont mis en place pour accroître leurs gains et dominer le monde (stock-options - actions des cadres dirigeants, alors motivés par la bonne marche de l'entreprise, conditions très avantageuses - plus-values sans risque - ) ; les répercussions sur la vie de chacun sont souvent dramatiques.

La flexibilité du travail est un indice de la nouvelle suprématie des marchés. Les "petits boulots "en France sont de plus en plus nombreux (stages, emplois à temps partiel, CDD, intérim...) entraînant une précarisation de la population : ce que l'on appelle les "travailleurs pauvres". La proportion des "très bas salaires" ne cesse d'augmenter, ainsi que l'individualisation des salaires.
IV - SOUFFRANCE AU TRAVAIL
Les clichés actuels voudraient faire croire que la souffrance au travail a été grandement diminuée, ou a disparu, grâce à la mécanisation et à la robotisation. On a une nouvelle image de l'ouvrier, manipulateur attentif et efficace. En réalité, le travail à la chaîne existe toujours. L'abrutissement, l'humiliation, la souffrance font toujours partie du travail. Pour les ouvriers du bâtiment, des entreprises de nettoyage, dans les grands magasins, les abattoirs industriels, etc..., les conditions de travail sont toujours aussi dramatiques, peut-être même plus qu'avant.
S'ajoute la souffrance morale de ceux qui ont peur de ne pas y arriver, de ne pas donner satisfaction, de n'être pas à la hauteur, d'autant que, souvent, la personne ne reçoit, en retour, aucune reconnaissance. De la reconnaissance dépend le sens de la souffrance. "Lorsque Ia qualité de mon travail est reconnue, ce sont ainsi mes efforts, mes angoisses, mes doutes, mes déceptions mes découragements qui prennent sens(...) et cette reconnaissance participe de la construction de I'identité de chacun", explique Christophe Déjours.

Sous effectifs, climat social désastreux, altération de la communication et du sentiment de fraternité, pressions multiples, le monde du travail, rêvé par ceux qui n'en n'ont pas, produit chaque jour, des tonnes de souffrance, quota de vies brisées par le profit.
V - PENALISATION DE LA MlSERE
Comme nous assistons à l'effacement de l'état économique et de l'état social, nous constatons une glorification de l'Etat pénal, qui vise à criminaliser la misère.
"A New York nous savons où est l'ennemi "déclarait Bratton dans une campagne de pénalisation de la pauvreté: "les squeegee men" (sans abri qui accostent les automobilistes aux feux pour leur proposer de laver leur pare-brise contre menue monnaie, les petits revendeurs de drogue, les prostituées, les mendiants, les vagabonds et les graffiteurs). Bref le sous-prolétariat qui fait tache et menace. C'est lui que cible en priorité la politique de "tolérance zéro" visant à rétablir la "qualité de la vie" des New Yorkais.

Mais la véritable innovation de W. Bratton ne tient pas à la stratégie policière qu'il choisit  - en l'occurrence, une variante de la "police intensive". Elle consiste d'abord à bousculer et bouleverser la bureaucratie sclérosée et poltronne dont il hérite par l'application des dernières "théories" du management sur le "re-engineering" de l'entreprise et de la "gestion par objectif" à la Peter Drucker (...) Il transforme les commissariats en centres de profit, le profit en question étant la réduction statistique du crime enregistré. II dirige l'administration policière comme un industriel le ferait d'une firme jugée sous-performante (ou ses actionnaires).

Née aux Etats-Unis, la doctrine de la "tolérance zéro" se répand dans le monde à une vitesse impressionnante. Les pauvres deviennent les envahisseurs étrangers dont il faut nettoyer les rues (cf la campagne actuelle : les trottoirs ne sont pas faits pour dormir). Là où on a renoncé à mettre des emplois on mettra des commissariats en attendant de mettre des prisons. Et pourquoi ne pas rentabiliser la délinquance en construisant des prisons privées ?

L'Amérique a clairement opté pour la criminalisation de la misère. L'Europe est à la croisée des chemins entre enfermement des pauvres, ( contrôle policier et pénal des populations déstabilisées par un affaiblissement de la protection sociale ) et création de nouveaux droits du citoyen (revenu minimum d'existence, couverture médicale universelle, etc...)

De ce choix dépend le type de civilisation qu'elle entend offrir à ses citoyens.
Vl - MISERE ET EXCLUSION
Exclus de l'emploi, privés de revenus, les "nouveaux pauvres" sont en partie exclus du système de santé. 2,3 millions n'ont pas d'assurance complémentaire. Des centaines et des centaines de SDF, dans un état physique et psychique déplorable, sont emmenés chaque jour, de gré ou de force, dans le centre CHAPSA de l'hôpital de Nanterre : locaux sordides où règnent la violence et l'insécurité ; des femmes et des hommes complètement brisés dont la société voudrait oublier l'existence.
D'autres formes d'exclusion, moins spectaculaires, mais plus répandues : certains médicaments non remboursés par la Sécurité sociale (ex : les nouvelles pilules contraceptives de la 3ème génération - une nouvelle molécule contre la grippe).

Dans les missions de "Médecins du Monde" en France, les jeunes représentent 20 % des consultations, un consultant sur 5 a entre 16 et 25 ans. Ces jeunes, normalement dans la force de l'âge, sont aussi malades que la population plus âgée, reçue dans les centres de la mission-France. En 95, sur 5 O55 enfants, exposés au risque de saturnisme dans des logements insalubres et vétustes, dont là peinture date d'avant 1940, 2 032 avaient une intoxication modérée et 272 une intoxication grave, justifiant une hospitalisation.

250 millions d'enfants travaillent dans le monde. Dans certains domaines, l'emploi des enfants est en plein développement (filer le verre des bracelets indiens dans des ateliers où la chaleur dépasse 50°). La convention relative aux Droits de l'enfant, adoptée par l'assemblée générale des Nations Unies, en 89, est ratifiée par tous les pays du monde, à l'exception de la Somalie et des Etats-Unis.

Parmi les victimes de l'exclusion, les populations immigrées sont au 1er rang. Soutiens d'une croissance économique aujourd'hui disparue, ou venues se battre au côté des soldats français, on les retrouve le plus souvent dans les quartiers dits "à problèmes", banlieues sinistres et explosives, ou traînant leur solitude dans des foyers d'un autre âge. Pourtant, comme l'explique Alain Gresh, par un renversement qui fait partie des mécanismes mentaux propres au racisme, "la victime se mue en coupable du malheur collectif." Car l'exclusion n'engendre pas seulement la pauvreté matérielle, elle suscite tout aussi bien l'angoisse de ceux qu'elle menace et la rage impuissante de ceux qu'elle a frappés, les mobilisant les uns et Ies autres dans la recherche et Ia chasse de boucs émissaires. Réaction typique d'exclus qui rêvent de s'inclure à nouveau en en excluant d'autres plus mal lotis: De l'exclusion de fait à l'exclusion de droit , l'exclusion devient une valeur morale et politique, nourrissant les idéologies d'extrême droite.

 
A Belfort et à Delle, les Restos du Coeur ont réouvert leurs portes, le 6 décembre. L'an passé, plus de 142 000 repas ont été servis à 1595 personnes, représentant 500 familles. Ce jour-là, le 6 décembre, des centaines de personnes attendaient leur tour. Leur tour pour manger, pour survivre. Peu de paroles sont échangées - Mélange de honte et de désespoir...
Peur de mourir et mourir un peu quand même, par l'humiliation d'attendre son tour, son tour pour manger.

Comme l'a écrit Christian de Brie : "Vivre sans penser l'avenir, sous le signe de la précarité, de l'instabilité, des changements incessants dans le travail, Ie domicile, la famille ou l'école, sans plus de prise sur le présent que sur le futur, en équilibre instable, à Ia merci d'un licenciement, d'une expulsion, d'un accident, d'une rupture à partir desquels tout bascule, c'est aussi la condition misérable faite à I'Homme"

Comment sortir de cette logique infernale ? Nous pensons qu'un autre monde est possible, que sur le terrain, chaque jour, des gens font reculer la barbarie ordinaire et construisent un monde plus chaleureux et fraternel.
Paule Graouer

(Intervention dans le cadre d'une réunion des amis du Diplo, le 15 décembre 1999)
Bibliographie
* Souffrance en France - Christophe Dejours - Seuil
* La misère du monde - Pierre Bourdieu - Seuil

* Le Monde 10. 1 I .99 - Michael Moore

* Le Monde diplomatique 12 / 93 - Alain Bihr

* L'âge des extrêmes - Eric J. Hobsbaum - ed. Complexe

* La Gauche imaginaire et le nouveau capitalisme - G. Desportes - L. Mauduit - Grasset

* La comédie des fonds de pension - Jacques Nikonoff

* Les prisons de la misère - Loïc Wacquant - raisons d'agir
 
 
 
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