Faut-il agrandir la décharge ?
Alors qu'un collectif remet déjà en cause la conformité de l'actuel site du Pihourc vis-à-vis de la loi.
L’enquête publique close, l'extension du centre d'enfouissement technique (CET) du Pihourc continue pourtant à alimenter le débat. Le sujet est si sensible qu'il fera l'objet d'un conseil municipal exceptionnel ce lundi (au Pilat à 20h30). Nichée en contrebas du village de Lieoux, la décharge, mise en service en 1997, a vu sa capacité réduite de 105 000 à 85000 tonnes de déchets par an, cinq années plus tard, afin de s'adapter à l'adoption du tri sélectif et d'allonger la durée de vie du CET. L'extension de la décharge, dirigée par le SIVOM mais qui traite les déchets des 400 communes de la fédération (SISTOM),permettrait d'en assurer la pérennité jusqu'à l'horizon 2030. Le traitement des lixivias qui, jusqu'à maintenant se fait à l'usine Tembec, pourrait être effectué directement sur site.
Mais pour les associations hostiles au projet regroupées au sein du Collectif interdépartemental des usagers citoyens contribuables, ce projet nourrit avant tout un but financier. « Le traitement des ordures constitue une des seules branches excédentaires du SIVOM, explique l'un des membres de l'association. Il faut rentabiliser le site, en faisant venir un maximum d'ordures. On se fout dès lors qu'on empoisonne le sous-sol et la surface d'un pays pour des milliers d'années. » Un aspect dont se défend Jean-Louis Puisségur, président du SIVOM: « C'est bien simple, nous avons décidé que la compétence du transport, du tri et du traitement des déchets ne serait plus gérée parle SIVOM mais par le SISTOM. »
Mais le collectif cible surtout les lacunes liées à l'étude géologique et à la non-conformité du substrat. « Toutes les mesures ont été faites dans le fond du vallon, là où s'est accumulée l'argile, imperméable, illustre Mme Gratacos. Ces mesures ont été étendues à toute la surface alors que le sol s’il n'est pas totalement calcaire, présente une alternance de strates de marne et de calcaire. Or cette matière poreuse est interdite pour ce type de décharge. Quand on nous dit qu’on va amener suffisamment d'argile pour que l'on ait une couche imperméable de cinq mètres, il faut m'expliquer comment on va procéder sur un tel relief! »
Le CET hors-la-loi ?
Les associations estiment même « qu'on pourrait faire fermer la décharge actuelle », compte tenu de la présence d'un cours d'eau, le Barrail, à moins de soixante mètres du CET Un ruisseau « à l'état d'égout » selon le collectif, mais qui est « là depuis toujours, sans que cela n'ait posé, ni ne posera de problèmes » d'après Jean-Louis Puisségur. Reste que le principe d'extension de la décharge qui entrerait dans le cadre d'un plan départemental, au même titre que la création d'un CET au Nord du département et d'un incinérateur au Sud de Cazères, intrigue. « C'est aller à l'encontre de tout, estime M. Claverie, membre du collectif. De même que la taxe des ordures ménagères, ça n'incite pas au tri, contrairement au principe de pesé-embarqué. » Un principe sur lequel Jean-Louis Puisségur planche déjà.
Andy Barréjot
C'est le SIVOM qui dirige le Centre d'enfouissement technique ainsi que la déchetterie. Le président du syndicat, et par ailleurs maire de Pointis-Inard, Jean-Louis Puissegur nous livre sa position.
- En quoi consisterait cette extension?
- Il s'agit davantage d'une poursuite d'activités: même base, même site, même tonnage. La capacité serait doublée puisque l'on accueillerait 85 000 tonnes de déchets par an supplémentaires. Cette extension vise à répondre aux besoins des 400 communes du SIVOM.
-Avec les projets d'incinérateur, le réflexe du tri qui se développe, une telle extension est-elle nécessaire?
-Il y a deux solutions pour traiter des déchets ultimes : l’incinération ou l’enfouissement. Ici, en zone rurale, nous produisons peu de déchets par rapport aux zones urbaines. Et puis prélever une quinzaine d'hectares tous les trente ans est plus facile ici qu'à Toulouse. Tout est une question d'échelle. Et puis, quand on enfoui, il n'y a pas de fumées alors que celles-ci sont très difficile à dépolluer. Avec cette extension, le site du Pïhourc aurait une durée de vie prolongée. Il n’y a donc aucune nécessité d’avoir un incinérateur.
- Beaucoup de critiques s'élèvent sur l'impact écologique de ce projet...
- Nous n'aurions pas démarré ce projet depuis des années sans avoir des certitudes de ce côté là. Que les gens s'expriment, c'est le jeu de l’enquête publique, mais ce sera aux services de l’état de trancher. Il sera sage de prévoir une autre solution lorsque le Pihourc ne sera plus exploitable. Mais avec l’extension, la question ne devrait pas se poser avant trente ans.
Recueilli par A.B.
L'exaspération des riverains
«Hier soir, on ne pouvait pas rester dehors. Avant, il n'y avait qu'en été, mais maintenant même avec le froid, on sent les odeurs.» A Lieoux, des habitants dénoncent les nuisances de la décharge, tout autant que «l'omerta» qui semble régner sur les environs. «Les gens se sentent écrasés ici, s'indignent un des riverains. Quand viennent les beaux jours, on aimerait pouvoir profiter des terrasses et du grand air. C'est pour ça qu'on est venu à la campagne. Mais passé 18 heures, il faut se barricader à l’intérieur.»
«Je tuais les rats à coups de fusil»
Un peu plus haut, la maison de M. Lignereux se situe en plein dans l'axe des vents dominants. «Avant, je tuais les rats à coups de fusil», explique ce riverain qui depuis a adopté un chat pour l'épauler.
Outre ces problèmes physiques, la présence de la décharge génère des problèmes économiques. Les maisons ont perdu de 20 à 30% de leur valeur se plaint un habitant. A Latoue, il y a même une vente qui a été cassée à cause des odeurs ». et de conclure : « A quoi ça sert d’avoir un village riche grâce à la décharge, si les maisons n’ont plus de valeur. »
Source : La Gazette du Comminges du 2 janvier 2008